Listes des prisonniers faits par l’Armée de Versailles (1871)
Titre complet : Listes des prisonniers arrêtés par l’Armée de Versailles depuis le 18 mars 1871 – Affiches officielles des détenus devant passer devant la cour martiale
Dépôts : Paris Musées, BnF Gallica, La Contemporaine (Nanterre)
Période couverte : mars–juin 1871
Résumé
Typologie : Affiches administratives – Listes nominatives imprimées – Documents militaires
Volume : Plusieurs éditions successives, généralement une à deux pages par liste
Communicabilité : Libre (domaine public)
Supports : Papier imprimé – Numérisés sur Gallica, Paris Musées, La Contemporaine
Cotes principales : Indiquées sur chaque site (BNF, PMC, Argonnaute)
Contexte historique : la répression après la Commune de Paris
Le 18 mars 1871, après la tentative du gouvernement de Versailles de reprendre les canons de Montmartre, Paris se soulève. La Garde nationale, soutenue par une grande partie de la population ouvrière et des quartiers populaires, empêche la manœuvre. Thiers et son gouvernement se replient alors à Versailles, laissant la capitale administrée par le nouveau pouvoir insurrectionnel : la Commune de Paris.
Un affrontement politique et social
La Commune incarne un projet politique profondément démocratique et social : séparation de l’Église et de l’État, réquisition des ateliers abandonnés, élection des fonctionnaires, réforme de l’enseignement… Ces mesures provoquent une hostilité farouche du gouvernement versaillais, qui considère la Commune comme une menace révolutionnaire nationale.
La reconquête de Paris par l’Armée de Versailles
Dès avril 1871, les troupes versaillaises reprennent progressivement le contrôle des communes de la banlieue accessible : Courbevoie, Neuilly, Issy, Vanves, Passy. Les combats sont intenses et meurtriers. Pendant ce temps, les Communards renforcent les barricades et réorganisent les bataillons fédérés issus de la Garde nationale.
La Semaine sanglante (21–28 mai 1871)
Le 21 mai, les troupes versaillaises entrent dans Paris par la porte de Saint-Cloud, grâce à une brèche dans les défenses. S’ensuit une semaine de combats de rue, de fusillades massives, de barrages improvisés et d’exécutions sommaires. Les fédérés reculent d’ouest en est. La lutte s’achève au cimetière du Père-Lachaise, où les derniers Communards sont exécutés contre le futur Mur des Fédérés.
Une répression administrative sans précédent
Après les combats, la priorité du gouvernement est de neutraliser toute personne soupçonnée d’appartenance ou de sympathie à la Commune. Les arrestations se multiplient :
- environ 40 000 prisonniers,
- plus de 10 000 déportations,
- des milliers de condamnations par la cour martiale,
- de nombreux procès collectifs.
Pour gérer cet afflux, Versailles met en place un système administratif très structuré : regroupement, tri, transfert vers les prisons (Mazas, Saint-Lazare, La Roquette), puis passage devant les cours martiales installées au camp de Satory ou aux Chantiers de Versailles.
Le rôle des listes imprimées
C’est dans ce contexte d’urgence bureaucratique que naissent les listes imprimées de prisonniers : documents succincts destinés à signaler publiquement les captifs devant être présentés à la cour martiale. Elles mentionnent uniquement le nom, le prénom et le numéro de bataillon.
Ces listes n’incluent donc aucun civil non incorporé : tout prisonnier y figurant est considéré par les autorités comme relevant d’un bataillon de la Garde nationale (sédentaire ou fédéré), ou y est administrativement rattaché par son quartier.
Intérêt généalogique
Les listes de prisonniers publiées par l’Armée de Versailles présentent une particularité précieuse : elles indiquent uniquement un numéro de bataillon, sans précision supplémentaire. Aucune mention explicite de « Garde nationale », « GN », « fédéré » ou « armée régulière » n’est fournie dans les affiches.
Pourquoi consulter ce fonds ?
- Pour vérifier si un ancêtre a été rattaché à un bataillon (Garde nationale sédentaire, de marche ou fédéré), même s’il n’a jamais combattu.
- Pour comprendre pourquoi un civil peut apparaître sur une liste militaire : le rattachement obligatoire au bataillon du quartier.
- Pour identifier le parcours d’un prisonnier transféré vers la cour martiale.
- Pour recouper avec un dossier de condamnation (série BB/24 – Archives nationales). ?
- Pour vérifier si un ancêtre a été arrêté, déporté, exécuté ou relâché.
- Pour recouper avec un dossier de condamnation (série BB/24 – Archives nationales).
- Pour reconstruire un parcours militaire ou politique.
- Pour comprendre un silence familial (disparition en 1871, absence au recensement de 1872…).
Pièges fréquents
- Homonymies fréquentes (ex. Martin, Dupont). Toujours vérifier avec des dossiers judiciaires.
- Listes incomplètes : toutes les arrestations n’ont pas été imprimées.
- Erreurs d’orthographe fréquentes dans les noms.
- Prénoms coupés ou abréviations (J.-B., P.-F.).
Ressources
- Histoire de la Commune de 1871, Prosper‑Olivier Lissagaray (édition en ligne, domaine public)
- Jacques Rougerie, La Commune (analyse historique de référence)
- Archives nationales – présentation de la série BB/24 (condamnés de la Commune)
- Études de la Garde nationale parisienne (organisation par bataillons et arrondissements, sources historiques diverses)
Travaux universitaires et ressources pédagogiques :
- Articles et ressources de La Contemporaine sur la Commune et la répression
- Notes explicatives du site Communards‑1871.fr (structure des bataillons, typologie des arrestations)
- Documentation sur l’organisation de la Garde nationale (sources open‑data universitaires)
