La Lorraine sous Stanislas Leszczyński (1737 – 1766)

Description de l’illustration

  • Statue équestre de Louis XV (bronze de 4 m 66, installée le 26 novembre 1755) au centre du cadrage ;
  • Façades baroques imaginées par l’architecte Emmanuel Héré : à droite l’Hôtel de Ville, à gauche le pavillon Jacquet ;
  • Soldats du régiment de Lorraine (habit bleu, revers rouges, tricorne noir) à l’avant-plan gauche – détails inspirés des planches d’uniformes de l’Ancien Régime ;
  • Mayeur et échevin en robe noire lisant un édit, marchandises de tissus et tonneaux occupant le premier plan droit, citadins et artisans animant les perspectives pavées ;

Contexte historique approfondi

DateÉvènement clé
1733‑1735Guerre de Succession de Pologne : Stanislas perd son trône mais obtient, par la médiation française, la promesse d’un apanage.
13 novembre 1737Traité de Vienne : il reçoit les duchés de Lorraine et de Bar en viager ; l’État demeure formellement indépendant sous influ­ence française.
1737‑1740Premier ministère de Chaumont de La Galaizière : installation du nouveau régime et centralisation des archives.
1744‑1751Réformes majeures : création de la Gendarmerie lorraine, levée du cadastre paroissial, révision de la coutume.
1751‑1756Grandes embellies urbaines : aménagements des places Stanislas, Carrière et d’Alliance à Nancy ; reconstruction d’Épinal.
23 février 1766Mort de Stanislas à Lunéville : les duchés sont réunis à la France par l’édit de mars 1766.

Héritage institutionnel : la Coutume de Lorraine (1613, révision 1751) maintient un droit romano‑lorrain distinct, tandis que l’équilibre confessionnel (catholiques, luthériens, calvinistes) perdure grâce aux articles de réformation de 1620, perceptible dans les registres paroissiaux plurilingues.


Gouvernance centrale détaillée

OrganeComposition (vers 1750)Compétences principalesParticularités archivistiques
Conseil d’État et Conseil PrivéDuc, chancelier, six conseillers titulaires, greffierPréparation des édits, arbitrage des litiges majeurs, politique extérieureMinutes autographes (AD 54, B 1201‑1220)
Chambre des Comptes de Lorraine et BarroisUn président, huit conseillers, quatre auditeursVérification des comptes, domaines, contrôle monétaireTerriers numérotés CCLB (inventaire en ligne)
Chambre des Finances et TrésorReceveur général, douze trésoriers, un contrôleurGabelles, douanes, baux de tabac, adjudications minièresContrats scellés de cire rouge (AD 54, C 340‑560)
Cour souveraine (Parlement)Premier président, trois présidents à mortier, trente‑six conseillers, procureur généralAppels, enregistrement des lois, arrêts de règlementArrêts reliés par matières (indexés)
Intendance française (à partir de 1740)Intendant et dix‑huit subdéléguésLevées de troupes, corvées, entretien des routesRapports trimestriels aux secrétaires d’État de la Guerre

Pour la recherche généalogique, les contrôles des actes (série C) constituent, entre 1749 et 1766, un répertoire de ventes et obligations mentionnant l’âge, la filiation et l’origine de chaque partie.


Administration territoriale

Le duché est partagé en trente‑et‑un bailliages qui se subdivisent en cent soixante‑quatre prévôtés ou châtellenies.

Grands bailliages et aire linguistique

Grand bailliageSiègeParlé dominant
NancyNancyFrançais
AllemagneSarregueminesAllemand avec influences françaises
ÉpinalÉpinalFrançais
Saint‑MihielSaint‑MihielFrançais
BarroisBar‑le‑DucFrançais

Le fonds cartographique « Atlas Tranchant » (1756, IGN) permet de superposer ces circonscriptions aux limites actuelles.

Agents locaux

  • Baillis et lieutenants‑généraux : justice moyenne, application des édits.
  • Prévôts ou châtelains : justice basse, perception des banalités.
  • Subdélégués de l’Intendance : supervision de ~ 40 paroisses chacun (dossiers C 2540‑3000).
  • Mayeur et échevins : élus annuellement par les chefs de feu puis homologués.

Justice, hiérarchie et procédures

  • Justices seigneuriales : infractions légères, affaires censives, consentements matrimoniaux.
  • Prévôtés et bailliages particuliers : délits capitaux, appels des justices seigneuriales.
  • Bailliages royaux : crimes de sang, hérésie, monopoles économiques.
  • Cour souveraine : cassation, crimes d’État, appels multiples (délai de six semaines).
  • Conseil d’État : évocation exceptionnelle sur décision du duc.

L’instruction suit une procédure inquisitoire mixte (interrogatoire écrit et témoins sous serment). La torture judiciaire, sévèrement encadrée par l’ordonnance de 1749, est rarement appliquée – chaque séance fait l’objet d’un protocole notarié.

Les registres de sentences criminelles (AD 54, B 300‑712) contiennent descriptions physiques et détails biographiques précieux pour identifier des ancêtres en délicatesse avec la loi.


Finances, économie et fiscalité

Principales ressources fiscales (moyenne 1753‑1755)

RessourceProduit annuel (livres t.)Part des revenus
Gabelles (sel)1 420 00024 %
Douanes internes (traites du Poirier)920 00015 %
Taille réelle1 050 00018 %
Capitation740 00012 %
Vingtième1 210 00021 %
Domaine (forêts, tabac)750 00010 %

Ces chiffres proviennent du Mémoire sur les revenus de Lorraine rédigé par la Chambre des Finances en 1756 (Ms. BnF Fr. 21678).

Structures économiques

  • Textile : toiles de Vasteville et Neufchâteau, draps fins de Mirecourt ; jurandes consultables (AD 88, 3E).
  • Métallurgie : hauts‑fourneaux de la vallée de l’Orne ; concessions minières (C 441‑490).
  • Vignoble : côtes de Toul, acheminées vers la Saône ; compoix viticoles détaillés.
  • Infrastructures : projet de canal des Vosges ; modernisation de la route Metz‑Lunéville en 1752.

Défense et milice

CorpsEffectif vers 1750Mode de recrutementPrincipales sources
Régiment de Lorraineenv. 1 800 hommesBailliages de Nancy, Bar, ÉpinalContrôles d’hommes (SHD 1M 1217‑1224)
Grenadiers Stanislasenv. 600 hommesVolontaires de la garde ducaleLivres de revues (AD 54, B 845‑912)
Milices bourgeoisesenv. 12 000 hommesChefs de feu des villes closesRôles communaux (archives municipales)
Gendarmerie lorraine6 compagniesNoblesse de seconde classeRegistres d’inspection (SHD Vincennes, 1E)

Le Régiment de Lorraine se distingue par une tenue bleu ciel à revers rouges, iconographie utile à la reconstitution historique.


Église, assistance et culture

Trois diocèses (Toul, Metz, Verdun) encadrent la vie paroissiale, complétés par le vicariat apostolique de Sarrebourg. Stanislas soutient les hôpitaux généraux – Saint‑Julien à Nancy (1748) et Saint‑Charles à Lunéville (1753) – dont les registres d’entrées détaillent âges, origines et pathologies. Réorganisée en 1744, l’Université de Pont‑à‑Mousson conserve des matricules d’étudiants couvrant théologie, droit et médecine.

Le mécénat princier embellit Nancy : place Royale (future place Stanislas), pavillon Jacquinot, théâtre de la Comédie. Les comptes des travaux publics (C 620‑780) recensent architectes, maçons, tailleurs de pierre et sculpteurs.


Sources utiles à la recherche généalogique

SourceContenuLocalisation
Registres paroissiaux (1542‑1792)Baptêmes, mariages, sépultures, abjurations, légitimationsAD 54, 55, 57, 88 (en ligne)
Cadastre Stanislasien (1745‑1757)Parcelles, propriétaires, nature des culturesAD 54 (atlas numérisé)
Rôles de capitation (1742‑1766)Chef de feu, âge, profession, taxeAD 54, C 1254‑1340
Minutes notariales (à partir de 1748)Contrats de mariage, inventaires après décès, testamentsAD 54/57/55, série E
Contrôle des actes (1749‑)Index des mutations patrimonialesAD 54, C 2000‑2300
Registres de corporationsAffiliations, maîtrise, parcours professionnelArchives municipales, Bibliothèque Stanislas

Astuce paléographique : dans les bailliages dits « d’Allemagne », la cursive Kurrentschrift se mêle à l’écriture française ; repérez l’accent en crochet (Häckchen) sur ä/ö afin d’éviter les homonymies.

Pièges fréquents

  • Patronymes fluctuants : Mézières / Messier, Vonner / Fauner, Schmidt / Smet, francisés après 1751.
  • Paroisses frontalières : vérifier la juridiction (Empire ou Lorraine) avant 1766 (ex. Réding, Phalsbourg).
  • Registres bilingues : colonnes en allemand et en français dans un même acte.

Conseils pratiques d’archives

  • Commencer par le cadastre pour localiser les biens, puis remonter aux terriers et inventaires.
  • Consulter les états des âmes (visites paroissiales) qui recensent famille, âge et état religieux.
  • Explorer les gros de justice : transcriptions des plaidoyers souvent mieux conservées que les minutes.
  • Exploiter les rôles de capitation pour dresser une sociologie du village.
  • Parcourir les fonds privés (série J) : chartes familiales (Blâmont, Haraucourt) richement annotées.

Bibliographie sélective

  • Antoine, Michel. Stanislas Leszczynski et la Lorraine. Nancy, 1982.
  • Poull, Georges. La Maison ducale de Lorraine. Presses Universitaires de Nancy, 1991.
  • Hurstel, Philippe. La Cour souveraine de Lorraine (1711‑1766). PU Strasbourg, 2010.
  • Fulaine, Jean‑Charles. « Le cadastre de Stanislas ». Cahiers lorrains, 4/2016.
  • Hiegel, Henri. Les institutions de la Lorraine ducale. Serpenoise, 2008.
  • Barbier, Frédéric. Histoire du livre dans l’espace lorrain. Droz, 2022.
  • Atlas Tranchant. Fac‑similé IGN, 2020.

Ressources

TypeTitre ou lien
Archives en lignehttps://archivesenligne54.fr · https://www.archives57.com · https://www.archives‑meuse.fr · https://www.archives.vosges.fr
ManuscritsBnF, Ms. Fr. 8365 (Délibérations de la Cour souveraine), Ms. Fr. 21678 (Mémoire sur les revenus)
BibliothèquesBibliothèque Stanislas (fonds Stanislas), Bibliothèque universitaire de Nancy
MilitariaMémoire des Hommes – régiments d’Ancien Régime
CartographieVisionneuse IGN – Atlas Tranchant (1756)
GénéalogieCercle Lorrain de Généalogie : https://cgtl.fr

Mis à jour : 24 juillet 2025 — Rédaction Geneaplus.